Agnès Desplaces

Le temps de l’empreinte

« Prendre le temps quand tout s’affole. Celui de s’asseoir pour contempler. Ressentir plutôt que réfléchir, saisir plus que comprendre. Se dissoudre dans la toile sans analyser.

Prenons nous jamais le temps d’observer les choses ? L’œuvre d’Agnès Desplaces nous permet ce cadeau inestimable : s’abstraire du temps, se souscrire à la vitesse vertigineuse

pour s’inscrire dans une autre temporalité, celle de l’humain, lente et hasardeuse. Le thème est unique : de grandes silhouettes à peine esquissées, de dos ou de face. Parfois un regard, une bouche, un détail. Deux oreilles comme des parenthèses pour le calme. Une suspension avant le surgissement de cet autre. On avance doucement dans l’œuvre de l’artiste. On a peur de déranger, de troubler ce silence étourdissant. On craint de chambouler l’espace, et de réveiller les ombres. La palette est maitrisée : vert d’eau, gris ardoise, brun, noir, bleu nuit, parfois transpercée d’un aiguillon rosé, comme si le sang affluait enfin à la surface sous les strates de peinture savamment déposées, qui découvrent progressivement l’étranger. Une gestation pesante pour une naissance complexe. La douceur alors. La toile palpite, elle n’est pas si lisse, on s’était mépris d’abord. Elle craque, elle chahute, elle nous accepte et nous berce.

………Se planter obstinément devant les toiles, d’un air de défi. Accepter de devenir à son tour un halo tremblotant, une suggestion d’humanité, un fragment de corporalité. Une énergie latente prête à exploser, qui appelle à sa libération ? »

Jeanne Poret